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Les troubles de l'alimentation et les adolescents

Efficacité confirmée des psychothérapies

Les troubles de l’alimentation, aussi appelés troubles des conduites alimentaires ou du comportement alimentaire (TCA), sont des termes qui désignent des maladies se caractérisant par des perturbations graves du comportement alimentaire. Les plus souvent cités sont l’anorexie et la boulimie mais il en existe d’autres.

 La prestigieuse revue médicale The Lancet a publié en 2014 les résultats d’une étude allemande à grande échelle appelée ANDI, réalisée par un consortium de six équipes germaniques ainsi qu’une chercheuse de l’Institut de Psychiatrie au Kings College et qui vise à mesurer l’efficacité des psychothérapies dans le domaine thérapeutique des adolescentes atteintes d’anorexie nerveuse. La bonne nouvelle confirmée par les résultats de l’étude: la maladie peut être soignée avec succès grâce à des psychothérapies et un traitement en hôpital de jour serait aussi efficace qu’une hospitalisation à temps plein.

De quoi parle-t-on ?

Il existe trois principaux troubles alimentaires du comportement :

  • l’anorexie nerveuse : ce trouble se caractérise par l’obsession du surpoids et conduit à réduire au maximum son alimentation pour ne pas grossir. Son origine exacte est complexe à déterminer. Seul un tiers des patients parviennent à bénéficier d’une rémission, les autres demeurant avec des symptômes invalidants ou succombant aux complications physiques (dénutrition, perte des règles, mal au dos, troubles cardiaques, perte de cheveux) et aussi psychologiques très graves (comme la dépression) qui peuvent conduire au suicide  (la raison la plus fréquente pour le décès des adolescents atteints par l’anorexie nerveuse). Les patientes ont en effet une perception déformée de l’image de leur corps : même en maigrissant, elles se voient toujours plus «grosses» qu’elles ne le sont en réalité. L’indice de masse corporelle (IMC) de ces adolescentes serait plutôt en dessous de 17,5 kg/m2.
  • la boulimie : Il s’agit de l’ingestion massive (deux à trois fois par semaine) de grandes quantités d’aliments (jusqu’à 10 000 calories en une fois). L’accès est suivi par un fort sentiment de culpabilité, par des régimes excessifs, par des vomissements provoqués ou non-provoqués.
  • le « binge eating disorder» : appelé encore « Hyperphagie compulsionnelle »  ce trouble se définit par l’ingestion très rapide de quantités importantes de nourriture tout en ne faisant rien par ailleurs pour éviter de prendre du poids (contrairement aux personnes victimes de boulimie). Cela s’accompagne d’une impression de ne plus contrôler la nourriture.

Les troubles alimentaires et les jeunes

Les statistiques montrent qu’un pourcent de la population est concernée, dont essentiellement les adolescentes et les jeunes femmes (90% des patients). Cependant une tendance inquiétante fait surface : de plus en plus d’enfants montrent des signes de TCA bien avant le début de la puberté. L’étude ANDI démontre que les conséquences nocives d’un trouble du comportement alimentaire peuvent être beaucoup plus graves pour les plus jeunes en dessous de 14  ans vu qu’ils peuvent empêcher la croissance ainsi que le développement normal du cerveau.

Quels facteurs de risque ?

Les raisons qui provoquent un tel trouble ne sont toujours pas clairement définies. Il peut s’agir de difficultés relationnelles au sein de la famille ou d’une volonté de suivre certaines tendances dans les représentations de la beauté véhiculées par le monde de la mode. En dehors de ces raisons l’hérédité jouerait également un rôle, même crucial selon Prof Béate Herpertz-Dahlmann de l’Université Aachen qui pilote l’étude.

Pourquoi l’étude ANDI est-elle digne d’intérêt ?

L’étude ANDI est une étude clinique comparative à très grande échelle qui pendant 8 ans observait 172 patientes âgées entre 14 et 19 ans. Les conclusions des chercheurs démontrent clairement que la reprise du poids visée était à terme identique chez les patientes traitées en hôpital du jour (qui participent à des thérapies de 08h00 à 17h00 à l’hôpital) et celles qui étaient hospitalisées à plein temps.

Les thérapies en hôpital du jour représenteraient une vraie opportunité surtout dans le cas d’une pathologie où le risque d’isolement social est un point important. Dans une interview Prof Herpertz-Dahlmann souligne l’importance de la destigmatisation des troubles alimentaires, ainsi que l’importance de la sensibilisation des enseignants et des élèvent à l’école qui sont souvent témoins des premiers signes d’une telle maladie.

Quelle prevention ?

Les facteurs facilitants la prévention d’un trouble alimentaire sont l’intégration sociale, le fait d’avoir une bonne image de soi et d’être capable d’ exprimer ses sentiments même négatifs, d’avoir un regard critique par rapport à la représentation de la beauté véhiculée par les médias, avoir d’autres intérêts et activités, la bonne culture nutritionnelle au sein de la famille jouerait également un rôle important.

Et au Luxembourg ?

L’équipe du Service Nationale de Psychiatrie Juvénile au Luxembourg qui se trouve à l’Hôpital Kirchberg a développé une thérapie selon ces conclusions et en collaboration avec l’équipe en charge de l’étude ANDI.

Vous voulez en savoir plus ?

Site web du Service National de Psychiatrie Juvénile

“Leben hat Gewicht” – “Anorexie und Bulimie im Jugendalter erkennen” par Dr AARAB Salima

Neue Therapie bei Magersucht – Tagesklinik statt wochenlangen Klinikaufenthalts entlastet Betroffene, Familien

Rédigé par Dr Salima Aarab


Dr Salima Aarab

Dr. Salima Aarab est médecin spécialiste en pédopsychiatrie au sein du Service National de Psychiatrie Juvénile à l'Hôpital Kirchberg.

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