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Every scar tells a story

Les automutilations à l’adolescence et la thérapie comportementale dialectique

Des changements radicaux caractérisent l’adolescence qui n’est pas toujours une période facile à traverser. Comme l’indique le psychiatre Dr Sophie Campredon «…Les limites internes s’écroulent. Tant que ses angoisses de grandir ne seront pas apaisées, l’adolescent ira plus loin dans ses actes pour trouver sa place. Au risque de se déliter, voire de s’autodétruire.» Aujourd’hui les spécialistes informent que de plus en plus de jeunes sont concernés par des comportements d’automutilation. De quoi s’agit-il, comment réagir et quelles sont les dernières thérapies utilisées ? L’équipe médicale et thérapeutique du Service National de Psychiatrie Juvénile à l’Hôpital Kirchberg explique.

De quoi s’agit-il ?

Le comportement d’automutilation, également connu comme « auto-agression », « blessure volontaire » ou « sévices auto-infligés », comprend des actes intentionnés qui provoquent  des blessures au corps et à l’esprit d’une personne. L’automutilation se présente sous différentes formes : se couper la peau (le plus souvent chez les adolescents), se brûler,  s’égratigner… Selon une étude menée à grande échelle par l’Université de Heidelberg, jusqu’à 20% des  filles adolescentes se blessent délibérément au niveau des jambes et /ou des bras, certaines même souvent. Les premiers symptômes de comportement d’automutilation et de troubles émotionnels peuvent apparaître assez tôt, encore pendant la petite enfance mais le plus souvent vers l’âge de 11 ans. C’est avec l’entrée dans l’adolescence et tous les changements au niveau physique et psychique que les actes d’auto-agression deviennent plus visibles et reconnaissables pour les parents et l’entourage des adolescents et sont à ce moment signalés aux médecins et thérapeutes, comme le précise Dr Christopher Goepel, psychiatre au sein du Service National de Psychiatrie Juvénile à l’Hôpital Kirchberg.

Qu’est-ce qui provoque ce comportement ?

« Dans la plupart des cas ce comportement est signe de souffrance intérieure et expression du chaos émotionnel que les jeunes peuvent éprouver pendant l’adolescence. Ce tourment psychologique peut se traduire également par  une consommation excessive d’alcool ou un comportement sexuel agressif»  précise le Dr Gerhard Ristow, psychiatre au Service National de Psychiatrie Juvénile. Ainsi, après l’adolescence dans la majorité des cas le comportement d’auto-agression diminue et disparait. Cependant, chez un nombre restreint de jeunes, l’automutilation, les pensées suicidaires et les fortes sautes d’humeur peuvent être signe du début d’un trouble du développement de la personnalité qui en âge adulte pourra se transformer en trouble de la personnalité borderline (TPB). D’où l’importance d’un diagnostic précoce qui pourrait aider d’éviter le développement grave et chronique de la maladie.

Quelle thérapie ?

Il existe différentes thérapies dans le domaine. Une grande partie d’eux se concentrent dans un premier temps sur la gestion psychothérapeutique des traumatismes vécus dans le passé. Cependant, au cours du traitement un nouvel acte d’automutilation ou même une tentative de suicide peuvent survenir, ce qui met à rude épreuve le lien entre le patient et son thérapeute. Les conséquences : interruption de la thérapie et méfiance du patient par rapport au traitement.

Un nouveau concept, la thérapie nommée thérapie comportementale dialectique (TOC) propose une approche différente. Il s’agit d’une forme de thérapie très pragmatique qui permet au patient de trouver rapidement les moyens pour mieux gérer les comportements nocifs comme l’automutilation, les pensées suicidaires, les sautes importantes d’humeur, l’interaction avec les autres…Les parents sont également impliqués dans cette thérapie, proposée depuis quelques mois à l’Hôpital Kirchberg aux patients hospitalisés au service de psychiatrie juvénile et également au sein de l’hôpital de jour.

La thérapie comportementale dialectique: comment cela fonctionne ?

Dans un premier temps, guidés par les thérapeutes, les patients apprennent à mieux comprendre les raisons de leur comportement. Comme évoqué c’est surtout le stress émotionnel qu’ils éprouvent qui les fait agir de manière auto-agressive. Afin de pouvoir sortir du cercle vicieux les patients concernés s’habituent à travers la thérapie à adopter des comportements alternatifs, positifs et moins nocifs pour eux-mêmes et leur entourage. C’est ce que les thérapeutes appellent les « skills ». «L’idée est de proposer à nos patients les bons outils qui les aident à maîtriser leurs émotions», précise Katja Engelhardt, ergothérapeute au Service National de psychiatrie juvénile. Il s’agit de trouver des techniques adaptées à chaque personne individuellement qui les aident en situation de stress émotionnel à contrôler ses réactions (auto) agressives. Manger du piment ou prendre une douche froide sont des techniques courantes pour faire descendre la tension. Parfois des méthodes moins » drastiques », comme écouter de la musique ou «respirer profondément«  peuvent suffire. Un élément important dans la thérapie TOC selon Mme Engelhardt serait  la « pleine conscience » ou l’attitude qui permet d’être présent d’instant en instant, avec bienveillance, sans jugement, de découvrir et profiter pleinement des sensations, pensées et émotions éprouvées.

En termes pratiques

Le traitement dans le cadre de la thérapie comportementale dialectique dure 12 semaines. Comme le soulignent Joachim Zapp, Responsable du Service Psychiatrie juvénile et l’infirmier du même service, Benedikt Schuermann, le traitement est assuré par plusieurs spécialistes du domaine : médecins, ergothérapeutes, infirmiers. Un aspect très important dans la thérapie est le respect envers les jeunes patients et l’acceptation de leur situation telle quelle. Au cœur du concept « TOC » demeure notamment l’idée que chaque patient fait de son mieux pour être guéri. Les reproches et les accusations envers les patients sont interdits dans la thérapie. En cas de nouvel épisode d’automutilation pendant le traitement le thérapeute et le patient discutent et essaient de trouver des solutions ensemble.

 

Rédigé par Acteurdemasanté


Acteurdemasanté

Acteurdemasante réunit un ensemble d'auteurs non permanents dont, des professionnels de santé, des membres des Hôpitaux Robert Schuman, des représentants d'associations en lien avec le domaine de la santé et des patients souhaitant témoigner et faire partager leur expérience avec les lecteurs du blog.

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