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Burn in & Burn out

Comment reconnaître l’un pour mieux éviter l’autre ?

Le «Burn Out», écroulement physique et psychologique total d’une personne, ne survient pas brutalement. Il est précédé de symptômes d’épuisement progressif identifiés aujourd’hui sous le nom de «Burn In». Une prise de conscience du phénomène peut permettre d’éviter le pire. Dr Lim Cow présente une conférence grand public à ce sujet lors de la Journée Portes Ouvertes Hôpital Kirchberg 18 septembre 2016.

«Burn In», de quoi parle-t-on ?

Le «Burn In» est l’antichambre du «Burn Out». Le psychologue américain Cary Cooper est le théoricien du «Burn In». Selon lui, le ««Burn In» est une phase durant laquelle une personne s’épuise dans son travail mais sans en avoir conscience et sans être capable de le reconnaître. Pire, cette personne va souvent aggraver la situation en réduisant ses moments de repos et de loisirs et en augmentant son investissement professionnel. Pour le Dr Lim Cow, médecin spécialiste en Psychiatrie, aux Hôpitaux Robert Schuman, «Burn In» commence seulement à être évoqué auprès du grand public qui est plus familier avec le «Burn Out».

S’il faut retenir une image, c’est celle d’une bougie qui se consume des deux côtés. La personne concernée va se consumer en faisant du «présentéisme» au travail. «Malade et pas très performante, elle sera présente au travail pour montrer à son entourage professionnel, à sa hiérarchie, qu’on peut compter sur elle» précise le Dr Lim Cow. «Elle va alors rester plus tard au travail, travailler le week-end pour compenser son manque de performance.» Si on n’enraye pas cette spirale, la consequence à court terme est le «Burn Out».

Au Luxembourg, le «Burn Out», n’est pas encore considéré comme une maladie professionnelle. Nous n’avons pas de statistiques précises. Très souvent il y a confusion entre dépression et «Burn-out». Si la dépression et le Burn Out marchent souvent de pair, il existe une différence entre les deux qui est avant tout contextuelle : le «Burn Out» est la conséquence d’un investissement excessif dans le cadre du travail. La culture d’entreprise, la joignabilité quasi permanente via les moyens de communications modernes (smartphone, e-mails, messagerie instantanée, intranet….) sont des facteurs favorisant ce phénomène. Le salarié se trouve alors dans un état d’épuisement professionnel qu’il aura, et c’est là toute l’ambiguïté, lui-même beaucoup de mal à accepter.

En état de «Burn Out», la seule vision du logo de l’entreprise peut alors déclencher des angoisses, des palpitations…; s’y ajoutent des troubles du sommeil, un renfermement sur soi, une perte d’appétit ou une boulimie compensatoire pouvant mener à l’écroulement physique et psychique complet. La dépression s’installe alors dans le tableau.

Comment prévenir le «Burn In» ?

Pour le Dr Lim Cow, «L’alarme doit retentir quand vous avez essayé toutes les solutions pour être performant au travail, que votre surinvestissement professionnel ne fonctionne pas, que votre hiérarchie fait la sourde oreille… alors que vous êtes dans un état d’épuisement. Un état dans lequel vous avez l’impression d’être «cassé» à l’intérieur.» L’entourage, aussi bien professionnel que personnel, a aussi son rôle à jouer pour tirer la sonnette d’alarme à temps. Il doit être sensible quand il voit l’irritabilité à répétition, une fatigue continue, des tensions permanentes… Mais il faut aussi que la personne concernée l’accepte… «Une fois la prise de conscience effectuée», ajoute le Dr Lim Cow, «il faut savoir se donner du temps pour agir sur son équilibre personnel. Et penser à autre chose que le travail, ses contraintes, ses échéances…»

Quelles sont les causes du «Burn In» et du «Burn Out»?

Elles peuvent être à la fois externes et internes à la personne :

  • Externes : cela peut venir d’une culture d’entreprise néfaste car culpabilisante ou trop exigeante; ou des relations difficiles avec son supérieur direct ou avec ses collègues; ou d’un manque de moyens et/ou de délais pour atteindre des objectifs trop élevés.
  • Internes : le «Burn Out» est plus fréquent chez les personnes perfectionnistes et ambitieuses et ayant un besoin de reconnaissance. Le besoin de montrer leurs performances les poussent dans leurs limites et elles ont tendance à développer un fort sentiment de culpabilité quand quelque chose ne se passe pas comme prévu; en réaction, elles vont en faire toujours un peu plus jusqu’au «Burn Out».
  • La crise économique actuelle est aussi une source d’angoisse : de perdre son travail, notamment pour les personnes aux abords de la cinquantaine.

 Comment traiter le «Burn In» et le «Burn Out»?

Pour le Dr Lim Cow, «Il n’y a pas de thérapie magique». Il faut sortir de l’isolement et commencer par consulter son médecin généraliste. Dans un deuxième temps, il faut consulter un psychiatre ou un thérapeute. Les médicaments peuvent aider symptomatiquement en cas d’insomnie, d’angoisse ou de dépression.

La situation doit être prise dans sa globalité. Il faut voir quels changements opérer en soi car il faut se rendre à l’évidence que l’entreprise, la hiérarchie, les collègues, les projets… ne vont pas changer ! Etre en maladie, se reposer, sont souvent mal vécus dans un premier temps car on a l’impression de ne plus être performant; c’est une situation d’échec personnelle. Le défi est de comprendre qu’il est essentiel de changer son mode de fonctionnement. Sans remise en question, le stress va se réactiver une fois revenue au travail et avec le risque d’un deuxième «Burn Out» qui pourrait être plus grave que le premier.

Il est aussi important de communiquer avec les Ressources Humaines et le médecin du travail avant une reprise de travail. La direction des entreprises doit mettre en place une politique de prévention du «Burn Out».

Voici quelques questions fondamentales pouvant permettre de progresser :

  • pourquoi me suis-je retrouvé dans cette situation ?
  • pourquoi est-ce que je répète les mêmes attitudes ?
  • comment puis-je imaginer une vie qui ne se limite pas au travail ?
  • comment puis-je m’autoriser à mieux m’occuper de moi maintenant ?
  • comment puis-je apprendre à travailler autrement, sans m’épuiser ?

 Le conseil à suivre

Soyez conscient de vos limites, demeurez vigilant quand votre investissement professionnel provoque une fatigue qui se prolonge anormalement et faites confiance à votre entourage familial s’ils vous font part de leur inquiétude.

En fin de compte, nous pouvons interpréter le «Burn Out» comme étant un mécanisme de défense qui se manifeste pour nous obliger à nous arrêter et à réfléchir.

Dans les métiers les plus à risque, nous pouvons retrouver les enseignants, les commerçants, les métiers de soins (les infirmiers), les chefs d’entreprise et les médecins. Une étude réalisée en Belgique par le prestataire RH Securex montre que près de 10% des travailleurs souffre d’un réel «Burn Out» et que près de deux travailleurs sur trois ressentent un excès de stress au travail.

La conférence

La conférence destinée au grand public aura lieu le 18 septembre à 11h dans l’Auditoire de l’Hôpital Kirchberg. Entrée gratuite. Pour consulter le programme des conférences dans le cadre de la Journée Portes Ouvertes Hôpital Kirchberg cliquez ici.

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Rédigé par Dr Christopher Lim Cow


Dr Christopher Lim Cow

Médecin psychiatre aux Hôpitaux Robert Schuman

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